International

Je souhaite mettre en œuvre une diplomatie claire et résolue, dans la tradition gaulliste et mitterrandienne, pour faire de la France une puissance indépendante, humaniste et européenne.

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Un monde de menaces et d’opportunités


Le monde du 21ème siècle est marqué par l’instabilité et de nouvelles menaces. Le terrorisme, les guerres civiles, l’afflux de réfugiés et les frontières qui se ferment affectent directement la France, l’Europe et nos partenaires. Les crispations et les tensions nationalistes, identitaires et religieuses se propagent. Notre environnement se dégrade, le dérèglement climatique nous affecte tous, en particulier les plus vulnérables. La biodiversité s’érode et les ressources naturelles s’épuisent. Le commerce mondial et le système financier sont frappés par des crises chroniques et les inégalités s’accroissent, dans un contexte de croissance de plus en plus atone qui laisse des milliards de femmes et d’hommes au bord du chemin.

La présidence de Donald Trump inquiète nos concitoyens et bouleverse les équilibres mondiaux, au profit de la Chine. La Russie de Vladimir Poutine mène une politique étrangère dangereuse qui n’hésite pas à s’affranchir du droit international. Le Moyen-Orient reste en proie à la guerre. L’Europe est fragilisée par le Brexit, à l’heure où elle devrait être forte et unie. Face à ces menaces et à ces risques, il est nécessaire de fixer un cap, de renforcer avec détermination et sérénité une diplomatie française qui analyse en permanence, comprenne, s’adapte et relève avec ses partenaires les grands défis de la planète.

Le monde offre aussi d’immenses opportunités, souvent mal réparties. Les échanges restent soutenus et des régions entières vivent en paix et en sécurité. 1 milliard de personnes ont franchi vers le haut le seuil de pauvreté entre 2000 et 2015. Les classes moyennes se développent, en particulier dans les pays émergents. La médecine et la science progressent. La révolution numérique rend chaque jour de nouveaux services. La transition écologique est engagée. Les investissements, les études à l’étranger, les flux touristiques et culturels se multiplient entre les pays. La France est actrice de la mondialisation.

Une influence en baisse malgré des atouts considérables


Le monde est chez nous, et la France est dans le monde. Grâce à notre histoire, à notre patrimoine, à notre culture et à notre langue, grâce à nos entreprises, à notre administration, à notre éducation, à nos écosystèmes d’innovation, à notre agriculture, la France occupe une place exceptionnelle en Europe et dans la mondialisation.

Nos atouts à l’international sont considérables. Grâce à nos territoires d’outre-mer, nous possédons le second espace maritime mondial en superficie. Notre population est dynamique. Nos entreprises conquièrent des marchés dans le monde entier. Notre parole reste entendue. Notre culture est admirée. Notre réseau diplomatique est le 3ème au monde derrière les Etats-Unis et la Chine. La France dispose d’un des 5 sièges permanents au Conseil de sécurité des Nations Unies. Nous sommes une puissance militaire, spatiale et nucléaire. Nous attirons sur notre territoire des milliers d’emplois étrangers, des centaines de milliers d’étudiants et de chercheurs, des dizaines de millions de touristes chaque année.

Pourtant, depuis 15 ans, notre influence dans le monde a diminué. Il faut être lucide. Même si nous gardons un capital de sympathie et de reconnaissance dans de nombreux pays, et malgré des succès remarquables comme la COP21, ce constat est tangible partout.

La France a perdu du terrain à Bruxelles, au sein des institutions européennes. Notre présence a globalement reculé au Moyen-Orient, au Maghreb et en Afrique, notre continent frère. Aux Nations Unies, notre parole porte moins. Trop de déclarations semblent incantatoires. Notre place dans la résolution des crises est moins centrale. Nous sommes encore trop peu présents en Asie, en Russie, en Amérique latine, bien que le gouvernement actuel ait fait des efforts importants dans cette dernière région.

Cette situation tient à trois raisons principales. La première, c’est l’émergence de nouveaux acteurs internationaux, particulièrement en Asie, dont l’influence grandissante diminue celle des démocraties nord-atlantiques et donc la nôtre, tant que nous ne parvenons pas à affirmer l’Europe comme une puissance à part entière. La seconde tient à notre incapacité à mener des réformes structurelles en France et à retrouver une croissance soutenue, à lutter contre le chômage et à dégager des marges de manœuvre budgétaires. La troisième, c’est une diplomatie souvent erratique qui a vu se réduire nos espaces d’indépendance et diminuer ce rôle propre à la France dans le monde, cette place singulière, cette voix différente, qui nous permet d’être une puissance d’équilibre et de dialogue, en conservant nos valeurs et les moyens de tenir nos engagements. Nos intérêts et nos valeurs.

Cette situation, qu’il faut regarder en face pour construire l’avenir, n’est pas inéluctable. Nous avons les moyens de retrouver notre rang et, surtout, de mettre en œuvre une politique étrangère qui renforce notre indépendance, notre influence et nos intérêts dans le monde. C’est le cap que nous devons suivre.

Cela impose en premier lieu de réaffirmer un principe essentiel : la première priorité de notre action internationale est de défendre nos intérêts, ceux des Françaises et des Français, contre toutes les menaces. Ces intérêts peuvent être classés en trois catégories.

Nos intérêts sécuritaires, d’abord, c’est avant tout lutter contre le terrorisme. Protéger les Français en France et dans le monde doit être notre préoccupation constante.

Nos intérêts climatiques, ensuite, liés à la protection de la planète, en construisant un cadre qui garantisse ses équilibres et sa biodiversité, dans le souci de nos enfants et des générations futures, mais aussi des femmes et des hommes frappés par ces changements.

Nos intérêts économiques, enfin, doivent constamment être pris en compte, en France, en Europe et dans le monde, en aidant nos entreprises à être plus compétitives sur notre territoire, en renforçant notre attractivité et en accompagnant les projets français à l’international. Ces trois catégories d’intérêts ne sont pas négociables.

En même temps que nous défendons résolument nos intérêts, la France doit se battre pour les valeurs qui les accompagnent. Ces valeurs découlent directement de notre devise républicaine, de la fidélité à notre histoire et des responsabilités qui sont les nôtres, à l’ONU en premier lieu. Elles sont indissociables du rôle et de la place de la France dans le monde ; il est de notre intérêt fondamental de les défendre.

Les droits de l’Homme, la place des femmes et celle des minorités dans le monde (y compris la protection des peuples premiers), la liberté d’opinion et d’expression, l’indépendance des médias sans laquelle aucune conscience politique digne de ce nom ne peut être forgée, la solidarité et le développement, le respect du droit international et de la diversité culturelle qui sous-tend notre combat pour la francophonie, tous ces principes doivent être affirmés et respectés.

Leur application doit être soutenue et encouragée avec nos partenaires, en Europe et dans le monde. Ces combats seront ceux de notre diplomatie.

C’est dans ce cadre que nous conduirons notre action internationale, à travers trois orientations politiques complémentaires et indissociables : l’indépendance, l’humanisme et l’Europe.

La France, puissance indépendante


L’indépendance, ce n’est pas agir seuls. La France est puissante quand elle rassemble autour d’elle. En renforçant notre autonomie d’analyse, de décision et d’action, la France doit pouvoir s’appuyer sur une diplomatie qui fédère et qui mobilise.

La dissuasion nucléaire demeure la clef de voûte de notre architecture de sécurité. Elle est le cœur de notre indépendance stratégique. A ce titre, nos forces de dissuasion stratégique devront être modernisées et pérennisées, y compris dans leur composante aérienne. La France respecte et mettra en œuvre toutes les dispositions du Traité de Non-Prolifération.

Notre indépendance repose sur la capacité à soutenir et financer notre armée et notre diplomatie, fragilisés aujourd’hui par de graves tensions budgétaires. Cela impose de libérer notre croissance et de retrouver une latitude indispensable à l’exercice de notre souveraineté.

Pour garantir la sécurité de nos concitoyens, la France doit tout autant renforcer son autonomie propre que ses alliances stratégiques. 4 niveaux de protection coexistent : i) nos forces nationales, aux missions desquelles il faut associer la police, les services de renseignement et notre réseau diplomatique et consulaire, ii) nos traités européens, qui prévoient des clauses de protection réciproques, iii) l’OTAN qui intègre la France dans la sécurité collective de l’Atlantique-nord et iv) le système des Nations Unies à travers, en particulier, les chapitres VI et VII de la Charte qui veillent à la paix mondiale et à la résolution des conflits. S’ajoute à ces éléments stratégiques un ensemble d’accords et de traités de protection bilatéraux signés avec nos partenaires dans le monde.

La France doit agir sur ces quatre niveaux stratégiques. Vis-à-vis de l’OTAN, la France n’a pas intérêt à remettre en cause sa place au sein du commandement intégré, mais l’élection de D. Trump ouvre une période d’incertitude. En dehors des Balkans, et le cas échéant de la Finlande et de la Suède, la France ne soutiendra pas de nouveaux élargissements de l’Alliance. Elle veillera à limiter les interventions de l’OTAN en dehors de sa zone géographique aux seuls cas où les intérêts de la France sont directement concernés.

Plus généralement, la France ne s’engagera dans de nouvelles opérations militaires extérieures, hors cas de légitime défense, que si les conditions d’une sortie de crise politique sont posées. Le renforcement de l’Europe de la défense (cf. infra) sera une priorité. L'OTAN et l'Europe de la défense ne sont pas contradictoires. Leur renforcement parallèle est une garantie d'efficacité mais aussi le gage de notre indépendance. Le dialogue OTAN-Russie ne doit pas être abandonné.

Notre pays exercera son indépendance et ses responsabilités à travers son siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Après le Brexit, la France sera le seul membre permanent de l’Union européenne au Conseil de sécurité : sans remettre en cause notre souveraineté, nous chercherons le plus souvent possible à faire prévaloir dans cette enceinte les intérêts et les positions communes de l’Union. Nous continuerons de plaider pour un élargissement du Conseil de sécurité à de nouveaux membres permanents, pour refléter les équilibres de l’ordre mondial. L’Allemagne, le Japon, l’Inde, le Brésil et un pays africain ont vocation à accéder à ce statut, avec les droits et les devoirs qu’il comporte. Par ailleurs, nous serons favorables à un encadrement précis du droit de veto dans des risques avérés de crimes de masse.

L’indépendance nous impose de dialoguer avec tous, pour pouvoir agir avec tous. Nos voisins européens font partie de notre espace vital et commun. Notre proximité avec les Etats-Unis et avec nos alliés est une chance. Le Maghreb et l’Afrique sont nos partenaires privilégiés. Nos responsabilités nous imposent de multiplier les canaux de dialogue avec d’autres partenaires.

Avec la Russie, la Turquie ou les pays du Moyen-Orient et du Golfe, ce dialogue sera constant mais exigeant, en tenant compte des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, autant que du respect du droit international et de nos propres intérêts. L’Europe a vocation à s’entendre avec la Russie. Les sanctions existent et elles seront nécessaires tant que les accords de Minsk ne seront pas respectés. Nous chercherons à les lever, si la situation en Ukraine nous y engage.

Les conditions de l’entrée de la Turquie dans l’Union ne sont clairement pas réunies et l’évolution récente de ce pays ne laisse entrevoir une évolution positive de ce point de vue. Néanmoins, l’Europe ne doit pas fermer la porte à la Turquie. Notre pays doit retrouver sa place au Moyen-Orient, en particulier pour accompagner la résolution de la crise syrienne. Il restera engagé au Liban. L’ouverture vers l’Iran devra se poursuivre, si l’accord nucléaire de 2015 est respecté et si l’Iran concourt à la stabilité régionale.

La sécurité d’Israël est pour nous un principe intangible, de même que la légitimité de l’Etat palestinien. Nous devrons rechercher les conditions d’une paix juste et durable, qui permette aux deux Etats de coexister en sécurité.

La Chine est un acteur fondamental avec lequel la France et l’Europe doivent renforcer et équilibrer leurs relations dans les domaines sécuritaires, commerciaux et écologiques. Nous lancerons dans cet esprit avec nos partenaires européens une initiative globale pour négocier un accord transversal avec la Chine.

Nous travaillerons avec les autres pays d’Asie, notamment avec l’Inde qui est notre premier partenaire stratégique en Asie. Nous consoliderons nos relations avec l’Australie et les pays du Pacifique, avec le Canada et l’Amérique latine pour resserrer nos liens économiques, culturels et scientifiques. Notre diplomatie doit garder sa vocation universelle, dans l’intérêt des Françaises et des Français.

La France, puissance humaniste


Notre engagement dans les grands défis du monde est au cœur de notre action diplomatique. Notre voix est écoutée et respectée quand elle défend nos intérêts mais qu’elle sait aussi porter un message, regarder et agir au-delà de ces seuls intérêts.

L’un de nos grands défis est celui de la crise des réfugiés. Nous devons tenir nos engagements européens pour accueillir les enfants, les femmes et les hommes qui fuient la guerre en Syrie. Cette politique d’accueil, juste et efficace, doit se renforcer à tous les niveaux : contrôle maîtrisé et plus strict des frontières, lutte contre les filières et les réseaux criminels, répartition équilibrée de l’accueil entre les pays européens et refonte du droit d’asile, accélération des procédures et meilleure orientation des familles.

L’Europe doit se donner les moyens collectifs de stabiliser la Libye et de juguler ainsi les trafics d’êtres humains qui provoquent des drames insupportables en Méditerranée.

Les principes humanitaires doivent s’appliquer pour toutes les nationalités. Concernant les migrations dites « économiques », sans aller jusqu’à établir des quotas par métiers, il est essentiel de mieux définir nos besoins en fonction du marché du travail français et européen. Cela est d’autant plus vrai que les effets du dérèglement climatique, la croissance démographique non maîtrisée, les crises et les inégalités vont provoquer, dans les années qui viennent, une intense pression migratoire qu’il faut anticiper. En complément de nos engagements existants en matière d’APD, nous devrons mettre en œuvre une politique, humaniste mais exigeante, qui conjugue des projets de développement local dans les régions d’émigration, des partenariats avec les pays de départ et de transit et des instruments efficaces de lutte contre les filières migratoires.

Le changement climatique est un enjeu qui conditionne tous les autres. Ce n’est pas un sujet optionnel. Les conséquences du dérèglement climatique mais aussi de la pollution de masse ou de l’érosion de la biodiversité ont un effet multiplicateur : ils ajoutent de l’insécurité à l’insécurité, de la pauvreté à la pauvreté, de l’injustice à l’injustice. L’avenir de nos enfants dépend de notre action immédiate. Il y a urgence. La mise en œuvre de l’accord de Paris doit être une priorité pour la diplomatie française.

L’évolution de la position américaine est préoccupante mais ne doit pas nous décourager. Nous devrons mettre en place une coalition d’acteurs étatiques et non-étatiques qui incite les Etats-Unis à demeurer dans l’accord de Paris. L’action climatique doit s’intensifier avec les pays européens, avec la Chine, l'Inde, l’Afrique et tous les pays émergents, avec la société civile, les entreprises, les villes et les territoires mobilisés partout dans le monde. Après la COP21, la France a une responsabilité particulière, d’autant que nos intérêts agricoles et économiques sont aussi directement affectés. La transition écologique et énergétique est aussi une opportunité pour un pays comme la France, dont les universités et les entreprises sont bien positionnées dans ces domaines : eau, infrastructures, énergies renouvelables, innovation numérique et technologique.

L’objectif de la création d’une organisation mondiale de l’environnement doit être poursuivi, dans un format renouvelé, adapté au 21ème siècle, celui du « multilatéralisme participatif » qui associe les territoires, le secteur privé et la société civile en plus des Etats. Notre second objectif devrait être la négociation d'un Pacte universel sur l'environnement. La négociation de ce pacte universel, qui comporterait des principes utilisables et invocables en droit, est un projet ambitieux qui impliquera une longue concertation, avec les Etats et les ONG. C'est une ambition juste et utile que la France peut porter aux Nations Unies.

La France a perdu sa place depuis 10 ans en matière de politique de développement, en particulier par rapport à l’Allemagne et au Royaume-Uni. Il faut retrouver une ambition mondiale dans ce domaine. L’aide internationale fournie par l’Allemagne est deux fois supérieure à celle de la France, et ses engagements progressent. Derrière les chiffres, c’est bien le rôle de la France, notre influence et celle de nos entreprises qui est en jeu. Nous devons affirmer de façon crédible comme nos partenaires européens l’objectif d’une aide publique à hauteur de 0,7% de la production nationale, avec une trajectoire d’augmentation progressive entre 2017 et 2030, conditionnée à nos résultats économiques.

Cette aide doit être plus efficace et plus diversifiée qu’aujourd’hui. Elle doit se concentrer sur l’Afrique sub-saharienne, le Sahel, le Maghreb, les pays en crise et l’espace francophone. Un meilleur équilibre doit être trouvé entre l’aide bilatérale et l’aide multilatérale, qui transite via des fonds internationaux. Les secteurs essentiels de l’aide doivent être fléchés en priorité : éducation, santé, promotion des femmes, développement durable. A côté des prêts, les dons gérés par l’Agence française de développement doivent être augmentés et mieux contrôlés.

Un grand partenariat avec l’Afrique doit être proposé.

Au-delà de la solidarité, il est indispensable de renouer avec une politique de promotion de la francophonie, mise en retrait ces dernières années. La coopération linguistique, le soutien aux lycées français à l’étranger, notre rôle dans les institutions francophones, la place des instituts de recherche dans le monde, le développement du français sur Internet, dans les médias, les livres et le cinéma doivent être renforcés, dans notre intérêt comme dans celui de nos acteurs culturels et économiques. L’Institut français doit évoluer vers une grande agence culturelle internationale. L'enseignement du français et en français n'est pas une valeur du passé. C'est un vecteur essentiel de notre influence, mais aussi de lutte contre la diffusion du radicalisme. Des moyens importants devront lui être consacrés, particulièrement en Afrique.

La diplomatie numérique doit être érigée au rang de priorité, sur le plan offensif (création, promotion de nos entreprises innovantes) et défensif (protection des données, régulation des GAFA). C’est aussi notre capacité d’attractivité qui en dépend.

Il est fondamental pour les intérêts de la France de continuer à attirer des entreprises, des scientifiques, des étudiants, des entrepreneurs, des artistes, des sportifs et des événements majeurs comme les salons internationaux, de grandes compétitions et, bien entendu, les Jeux olympiques de 2024.

La France, puissance européenne


« Il faut renforcer l'Europe et lui donner plus de pouvoir. La France ne sera pas forte sans une Europe puissante »
– Comité Cormontaigne/Wazemmes, Lille – En Marche

Notre troisième priorité est européenne. Plusieurs défis s’imposent en même temps : i) la place de la France en Europe, ii) l’avenir de l’Union européenne et iii) la promotion d’une politique commune face aux grands défis du moment : sécurité, changement climatique, révolution numérique, protection commerciale, souveraineté monétaire. Ces questions doivent être résolues dans un contexte où les interrogations sur l’Union et les menaces sur notre continent sont plus fortes que jamais. Ce sera difficile mais, dans l’intérêt de la France, nous devons relever ces défis européens.

Le départ du Royaume-Uni, les coups de boutoir de Donald Trump, les tensions avec la Russie – y compris dans les domaines de l’énergie et de la cyber-sécurité – soulignent les difficultés que traverse l’Europe : croissance faible, crises financières, dysfonctionnement des institutions, montée des nationalismes, terrorisme, remise en cause de l’espace Schengen, perte de contrôle des frontières et des flux migratoires, processus d’élargissement enrayé dans les Balkans et vis-à-vis de la Turquie, guerre en Ukraine, instabilité dans notre « zone de voisinage ». Ces défis sont complexes et enchevêtrés.

Là aussi, leur résolution passe par des efforts internes : les réformes structurelles longtemps retardées en France, notre responsabilité face aux engagements budgétaires européens, sont autant de facteurs qui conditionnent notre influence et notre crédibilité. La relance du moteur franco-allemand, indispensable, passe par ces efforts de la France et par des engagements renouvelés de part et d’autre dans tous les secteurs : défense, renseignement, économie, énergie et développement durable, éducation, formation professionnelle, culture.

Autour de cette confiance rétablie avec l’Allemagne, la France pourra utiliser ses liens étroits avec l’ensemble de nos partenaires européens, avec l’Italie, l’Espagne, le Portugal, les pays du Benelux, la Grèce, les pays scandinaves mais aussi les nouveaux Etats membres qui en ont la volonté, pour faire avancer ensemble des projets communs.

Nous portons une grande ambition pour l’Europe. Les Français veulent renouer avec une Europe qui protège et avec une Europe qui progresse, sans peser sur leur vie quotidienne et sur leurs entreprises.

Concernant le Brexit, les intérêts européens de la France doivent être clairement exprimés et défendus dans la négociation à venir. Les Britanniques doivent assumer leur choix.

Au-delà de la gouvernance économique qui doit impérativement être renforcée et de la création d’un budget pour la zone euro, nous devons mobiliser les citoyens européens à travers des conventions démocratiques pour rouvrir le débat, restaurer la confiance et retrouver la dynamique européenne. L’objectif est de bâtir une Europe de la souveraineté, en clarifiant l’exercice de cette souveraineté en fonction de nos priorités. Les négociations commerciales, la protection des frontières, la transition énergétique, la protection des données seront par exemple les domaines couverts par le « bouclier européen ».

L’Europe est pertinente dans beaucoup d’autres domaines, en complémentarité avec les Etats : la politique de développement, les échanges scientifiques et éducatifs, les partenariats dans les domaines de la santé, de la formation professionnelle, du numérique et du développement durable, en sont des exemples forts. La lutte contre l’évasion fiscale est aussi un impératif. L’Europe se refondera autour de solutions concrètes.

Enfin, la perspective d’un désengagement accru des Etats-Unis, autant que les défis de sécurité croissants auxquels l’Europe est confrontée, nous obligent à nous doter d’une politique étrangère et de défense européenne. Ces progrès passeront par les initiatives des Etats membres qui sont prêts à avancer. Il n’est pas souhaitable ni possible à ce stade de « forger » une politique étrangère unique à 27 pays.

Cette Europe de la diplomatie et de la défense doit se construire d’abord autour d’un noyau de pays disposés à défendre, sur les crises régionales qui affectent notre sécurité, une ligne diplomatique commune et à mettre en commun des projets et des capacités en matière de défense. Ces positions et ces actions auront vocation à être élargies aux autres Etats-membres, si les conditions sont réunies.

Une France indépendante, humaniste et européenne. Des ambitions renouvelées et des moyens clarifiés et affirmés. Voici l’objectif que nous fixons à notre politique étrangère. Elle devra, pour ce faire, disposer de moyens renforcés et coordonnés : un appareil militaire crédible qui devra faire l’objet d’efforts budgétaires supplémentaires ; un outil diplomatique consolidé qui puisse jouer sur toute la palette d’une diplomatie globale, dans laquelle l’efficacité politique est indissociable de notre action en matière de développement, de promotion de nos intérêts économiques et de rayonnement culturel.

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