L’extrême droite autrichienne, un défi pour l’Union Européenne

9 janvier 2018 - Tribune du Groupe de Travail - Europe

Depuis le 18 décembre dernier, l’Autriche est officiellement gouvernée par une coalition, dirigée par le jeune chancelier Sebastian Kurz (31 ans), associant le parti de la droite républicaine, à savoir le Parti populaire d’Autriche (ÖVP), et le Parti libéral d’Autriche FPÖ, formation d’extrême droite qui siège au Parlement européen dans le même groupe que le Front national. Le FPÖ détient six portefeuilles ministériels sur quatorze, dont plusieurs régaliens: Affaires étrangères, Intérieur et Défense. Heinz-Christian Strache, chef du FPÖ et autrefois proche des mouvements néonazis, est désormais Vice-Chancelier. Ce gouvernement est issu des élections législatives d’octobre dernier qui ont vu l’ÖVP gagner le statut de premier parti d’Autriche avec 31% des suffrages et le FPÖ arriver troisième avec 26%, juste derrière les sociaux-démocrates du SPÖ. La coalition au pouvoir succède ainsi à la grande coalition entre l’ÖVP et le SPÖ qui était au gouvernement depuis 2007.

L’extrême-droite accède donc au pouvoir dans un pays prospère (5,6% de taux de chômage en août 2017 selon Eurostat) et membre important de l’Union Européenne, qui prendra la présidence tournante de l’UE cet été. Il convient cependant de noter que l’accession du FPÖ aux responsabilités gouvernementales n’est pas un évènement inédit. Cette même coalition avait déjà gouverné l’Autriche entre 2000 et 2005. Mais un fait nouveau marque le retour de cette alliance : l’indifférence qu’elle suscite, alors que le FPÖ est un parti ouvertement anti-Union européenne, anti-immigration, nationaliste et sécuritaire, voulant la sortie de l’Autriche de la zone euro, remettant en cause la liberté de la presse et proposant la création de classes séparées pour les jeunes issus de l’immigration n’ayant pas un niveau d’allemand jugé approprié.

En 2000, les quatorze autres pays de l’UE de l’époque, et notamment la France, avaient exprimé leur indignation et avaient adopté trois mesures de rétorsion : suspension des contacts bilatéraux pendant plusieurs mois, absence de soutien aux candidats autrichiens pour des postes dans des institutions internationales et réception uniquement technique des ambassadeurs autrichiens. Ces mesures de rétorsion avaient été à l’honneur des pays de l’UE, rappelant les valeurs de liberté, d’humanisme et d’Etat de droit que les Etats membres entendaient mettre au premier plan. Il s’agissait d’exprimer le fait que ces valeurs étaient non négociables et que l’idée même que l’extrême droite puisse participer à une coalition gouvernementale ne pouvait laisser sans réponse politique.

En revanche, la nouvelle coalition a suscité bien peu de réaction, aussi bien au niveau des Etats membres de l’Union européenne que des institutions européennes. Seul Pierre Moscovici, le Commissaire français, a souligné que « la présence de l’extrême droite au pouvoir n’est jamais anodine ». Il convient donc pour l’ensemble des progressistes européens de rester extrêmement vigilant quant aux futurs actes du gouvernement autrichien et de réagir sans ambiguïté lorsque des lignes rouges seront franchies en matière de respect des valeurs fondamentales promues par l’Union européenne.

La Commission européenne dispose des outils juridiques pour ce faire, ce qu’elle a démontré en annonçant son intention d’activer mercredi 20 décembre, à l’encontre du gouvernement polonais, la procédure de sanction en cas de menaces sur l’Etat de droit. La volonté politique de les mettre en œuvre doit être totale. La Commission entend ainsi dénoncer les projets de réforme de l’organisation judiciaire en Pologne. Le parti Ultraconservateur au pouvoir, le PiS a fait adopter début décembre une refonte du Conseil national de la magistrature, chargé de la nomination et de la déontologie des juges, et de la cour suprême. La Commission, et cette position fait l’objet d’un relatif consensus, considère que cette réforme porte atteinte à l’indépendance des juges polonais.

En outre, l’affaire autrichienne, conjuguée à l’épisode du Brexit et aux procédures de sanction contre la Pologne, vient sans doute rappeler que l’Union européenne et les extrêmes droites du continent sont désormais engagées dans une course contre la montre dont l’enjeu est la refondation d’un projet européen reposant sur des bases humanistes. L’Europe doit convaincre de son utilité. L’Europe doit démontrer à tous ses citoyens qu’elle est capable de les protéger et qu’elle est l’unique solution face aux multiples défis économiques, climatiques et migratoires, auxquels fait face le continent. Car, comme l’a rappelé le Président de la République lors de son discours à la Sorbonne, seule une Europe souveraine, unie et démocratique peut nous donner une réelle capacité d’action dans le monde.

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