Jean-Baptiste Moreau : “Nous devons renforcer la souveraineté de nos filières agricoles"

28 mai 2020 - Dans une interview au journal La Montagne, Jean-Baptiste Moreau, député LaREM de la Creuse, détaille plusieurs propositions fortes pour le secteur agroalimentaire en France et en Europe.

“L’alimentaire est une activité essentielle et stratégique” a déclaré à La Montagne Jean-Baptiste Moreau. Mais, “si nous voulons que les agriculteurs français et notre modèle agroalimentaire familial survivent à cette crise, nous devons prendre des mesures radicales” avait-il annoncé dans une tribune dès le 15 avril dernier. Découvrez ses propositions.

Circuits courts, circuits longs : répondre aux attentes des Français et renforcer notre modèle d’exploitations agricoles

Il faut encourager les circuits courts lorsque c’est possible. Mais, pour l’heure, “ils ne s’adressent encore qu’à une minorité de Français” souligne Jean-Baptiste Moreau. La proximité géographique avec les producteurs n’est en effet pas la règle partout, notamment en zones urbaines. En outre, l’équilibre économique des filières françaises repose en partie sur les échanges : pour préserver notre souveraineté alimentaire, “il faut renforcer notre modèle de polyculture élevage familial, en assurant à nos exploitations un équilibre économique” rappelle le député, pour lequel les circuits courts et le localisme ne peuvent être la seule solution. Surtout lorsque le confinement a fait la démonstration que les importations ne tiraient pas les prix à la baisse : “durant toute la période que nous venons de vivre, il n’y a quasiment pas eu d’import, et pourtant les prix n’ont jamais été aussi bas, notamment pour la viande bovine” a noté Jean-Baptiste Moreau.

Faire progresser la structuration des filières grâce aux programmes opérationnels

A l’image de la filière “fruits et légumes”, qui s’est emparée depuis longtemps des programmes opérationnels, Jean-Baptiste Moreau propose le déploiement dans d’autres filières de cet outil qui permet de débloquer des fonds pour les organisations de producteurs qui s’engagent, du côté amont, à respecter les grilles de prix pour les produits agricoles et alimentaires, et du côté aval, à développer la contractualisation.

Cet outil suppose la définition d’une grille de prix pour tous les produits agricoles et alimentaires, correspondant à leur coût de production. “Si le prix de marché du produit est inférieur à son prix de revient, la puissance publique pourrait ainsi intervenir directement auprès de l’agriculteur pour compléter son revenu” explique Jean-Baptiste Moreau.

« Il n’est pas question de passer à une économie administrée demain mais de provoquer une transition pour que nos filières agricoles s’organisent avec des structures fortes pour renverser le rapport de force. »
Jean-Baptiste Moreau, député LaREM

L’accès à ce financement supplémentaire, à ce filet de sécurité, se ferait à une condition : l’appartenance de l’agriculteur à une organisation de producteurs ou à une association d’organisation de producteurs. L’objectif étant, à terme, de permettre l’émergence de structures capables de peser face à la grande distribution lors des négociations, en France et en Europe.

Une agence de contrôle sanitaire forte au niveau européen et une convergence des normes au niveau mondial

« Demain, la gouvernance mondiale devra changer pour que les normes de tous les pays convergent dans la même direction : vers la santé de tous et la protection de la planète, vers la qualité plutôt que vers les prix bas, vers les productions équitables et la solidarité. »
Jean-Baptiste Moreau, député LaREM

Le système de soutien présenté ci-dessus pourrait être financé grâce à une réorientation des aides de la PAC. Les nouvelles ambitions de la la politique agricole commune de l’UE, récemment présentées par la Commission européenne, reprennent d’ailleurs certains objectifs fixés à l’issue des Etats généraux de l’alimentation français, par exemple atteindre une part de 25% de production bio. En revanche, en ce qui concerne la réduction de l’utilisation de produits phytosanitaires, le député souligne que, entre la France et les pays de l’Est, “tant les produits que leur utilisation sont différents”. Il appelle donc, au préalable, à une harmonisation des normes.

Par ailleurs, observant que les produits qui entrent dans le marché intérieur sont censés respecter les normes sanitaires, sociales et environnementales européennes mais que le contrôle à l’entrée du marché de ces produits n’est pas le même partout, Jean-Baptiste Moreau propose la création d’une agence de la concurrence et des fraudes, à l’image de la Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes française. Cette agence pourra effectuer, au niveau communautaire, le contrôle des produits à leur entrée sur le marché, mais aussi une fois qu’ils sont en circulation dans les pays membres.

  • Lire l’intégralité de l’interview dans La Montagne : cliquez-ici

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