Discours de Stanislas Guerini lors du débat sur la politique migratoire

8 octobre 2019 - Le Délégué général de La République En Marche et député de Paris, Stanislas Guerini, a pris la parole lors du débat sur la politique migratoire à l'Assemblée nationale le 7 octobre 2019. Voici son discours.

Merci Monsieur le Président,
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mes chers collègues.

Le débat que nous avons aujourd’hui sur nos politiques migratoires est primordial. Primordial pour l’avenir de notre pays, pour l’avenir de notre continent, pour relever un défi qui est largement devant nous, pour répondre aux aspirations généreuses mais aussi aux craintes de nos concitoyens.

Et c’est pourquoi ce débat ne peut être ni celui des postures, ni celui des impostures.

Notre responsabilité c’est d’abord de sortir de l’affrontement de deux camps, qui ne brandissent que des symboles, jamais des solutions. C’est l’étendard de la dignité absolue, face au drapeau de l’intransigeance et de la fermeté.

Je sais à quel point on peut parfois, avec force oratoire à gauche de cet hémicycle, se draper dans l’étendard de la dignité et critiquer le fait même de provoquer un débat sur l’immigration. Mais les idées ne sont belles que si on se bat vraiment pour elles. Et je vous le dis, vous vous êtes bien mal battus pour elles.

Où est la dignité, où est l’humanité, quand, pendant des années, vous n’avez pas donné assez de moyens pour ouvrir des logements et que vous avez laissé, dans nos rues, se développer des campements indignes ?

Où est la dignité, où est l’humanité, quand vous votiez, année après année, des budgets dont vous saviez pertinemment qu’il ne resterait pas un euro quand arriveraient les premiers jours de l’hiver ?

Où est la dignité, où est l’humanité, quand vous avez laissé se développer un système où l’on demande aux demandeurs d’asile d’attendre, souvent plusieurs années, pour savoir s’ils peuvent rester en France ?

Où est la dignité, où est l’humanité, à n’avoir pas porté en Europe, suffisamment fort, la voix de la France pour dénoncer le système de Dublin, déjà à bout de souffle, et l’absence de solidarité européenne ?

Il en va de même des postures d’intransigeance et de fermeté.

Toujours les mêmes discours sur les reconduites. Mais toujours les mêmes échecs. Dois-je vous rappeler le taux de reconduites effectives aux frontières des personnes en situation irrégulière lorsque vous étiez en responsabilités ?

Alors, au moment de mener ce débat, je le dis clairement : cette majorité peut regarder les Français en face. Car depuis deux ans, sans tomber dans cette guerre de tranchées, notre majorité a agi :

  • Nous avons augmenté de 50 % le budget dédié à l’asile, à l’immigration et à l’intégration ;
  • Nous avons ouvert plus de places d’hébergements en deux ans que pendant la durée entière du précédent quinquennat ;
  • Nous avons démantelé un nombre record de filières d’immigration irrégulière ;
  • Nous avons consacré plus de moyens que jamais à l’intégration, en doublant notamment le nombre d’heures de cours de français ;
  • Nous avons commencé à reconduire plus, en étant plus ferme sur la question des laissez-passer consulaires.

Mais mener ce débat doit permettre de dire la vérité, toute la vérité. Et la vérité, c’est que cela n’est pas encore suffisant.

  • La vérité, et nos concitoyens le voient, c’est qu’il y a encore des hommes, des femmes et même des enfants qui dorment dans la rue, que notre dispositif d’hébergement ne fonctionne pas encore correctement ;
  • La vérité c’est qu’il faut encore trop longtemps pour dire à un demandeur d’asile s’il a le droit de rester en France ;
  • La vérité, c’est que les filières jouent des disparités du système européen où vous avez deux fois plus de chance d’obtenir l’asile en France qu’en Allemagne quand vous êtes Afghans ;
  • La vérité, c’est que notre système d’asile fonctionne mal parce qu’il est dévoyé et qu’il porte à lui seul le manque de stratégie globale sur l’ensemble des types d’immigration : économique, humanitaire et demain, climatique.

Et si nous n’affrontons pas ces réalités, si nous, les progressistes, les humanistes, nous nous enfermons dans les postures, alors nous laisserons d’autres mettre en œuvre leur imposture.

J’ai le souvenir que, pendant la campagne des élections européennes, la tête de liste du Front national répondait qu’il refuserait de soigner gratuitement un enfant de migrant malade si ce dernier n’avait pas les moyens de payer.

Et bien, que vous vous appeliez Bardella, Le Pen, Salvini ou Orban, sachez que nous ferons tout pour que jamais vous n’ayez la responsabilité des politiques migratoires dans notre pays.

Et je m’inquiète de voir une partie de la droite enfermée dans une course de vitesse avec vos propositions les plus folles.

Au Front national et à ceux qui lui courent derrière, je vous le dis : votre projet n’en est pas un. Votre projet n’est qu’un rejet. Vous êtes des imposteurs.

Affronter les réalités, c’est au contraire rassembler les progressistes pour définir une stratégie en matière de politique migratoire. Et c’est ce que cette majorité a su faire, contre l’attente de tous ceux qui attendaient de nous la division.

Parce que nous sommes en responsabilité, parce que nous savons l’importance des enjeux, nous avons su nous rassembler autour de priorités stratégiques : la garantie du droit d’asile, un examen sans concession de l’ensemble de nos dispositifs, une approche plus transversale des politiques migratoires, porter une refonte de l’asile en Europe, repenser notre approche en matière d’immigration économique, et un examen stratégique de nos politiques de développement.

Et nous devrons le faire sans totem, ni tabou.

Je voudrais insister à cet égard sur le sujet de l’immigration économique. Il est symbolique du débat que nous avons depuis des années sur l’immigration, où l’on réduit toute la question des politiques migratoires à la question de l’asile, où nous sommes tellement enfermés dans des postures, où les progressistes, justement parce qu’ils ne traitent pas sérieusement la question de l’asile et donc ont tellement peur d’être balayés par les extrémistes et les populistes, ont perdu le courage de dire des vérités sur l’immigration économique :

  • Que c’est une part très mineure des entrants en France : à peine plus de 10 % sont des migrants économiques ;
  • Que les économistes nous disent tous que non, l’immigration économique n’augmente pas le chômage dans notre pays, bien au contraire, elle crée de la croissance ;
  • Que non, l’immigration économique ne tire pas les salaires des Français vers le bas ;
  • Que nous savons très bien qu’il y a des centaines de milliers d’emplois non pourvus dans notre pays et qu’ils constituent un frein à notre développement ;

Alors bien sûr, il ne s’agit pas d’accueillir des centaines de milliers de personnes, il ne s’agit pas d’être les naïfs de la mondialisation, mais quand on sait que la liste des métiers en tension n’a pas été revue depuis 2008 et que seuls 15 % des métiers d’alors sont encore en tension, je crois que nous avons le devoir de repenser notre stratégie en la matière. Avec une méthode faite de concertation, avec nos partenaires sociaux, avec les représentants des collectivités territoriales, pour mieux définir nos besoins, y compris en posant la question des quotas en matière d’immigration économique.

Vous le voyez, notre ambition est grande. Plus grande que les débats réducteurs. Mais soyez-en sûr, Monsieur le Premier ministre, mesdames et messieurs les ministres : parce que nous serons cohérents avec ce projet stratégique, parce que nous co-construirons, à la suite de ce débat, les mesures concrètes qui suivront, vous pourrez compter sur cette majorité et sur La République En Marche pour être à vos côtés pour relever ce défi.

Je vous remercie.

Seul le prononcé fait foi

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