Violences conjugales : 3 questions à... Ernestine Ronai

31 octobre 2019 - Mme Ernestine Ronai, responsable de l’Observatoire départemental de Seine-Saint-Denis des violences envers les femmes, répond à nos questions.

Ce mercredi, les onze groupes de travail du Grenelle des violences conjugales ont présenté à Marlène Schiappa, secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, 60 propositions de mesures concrètes pour renforcer la prise en charge des victimes.
Responsable de l’Observatoire départemental de Seine-Saint-Denis des violences envers les femmes, Ernestine Ronai revient pour nous sur le besoin de réformer l'approche des pouvoirs publics sur ce sujet et sur l'importance de renforcer la prévention.


1. Pourquoi y-a-t ’il urgence à réformer l’approche face aux violences conjugales dans notre pays ?

Le nombre de féminicides est le fait des hommes violents, ceux qui passent à l’acte. Mais tant d’autres femmes souffrent de violences. Par exemple, on ne décompte pas les femmes qui se suicident suite à des violences, celles qui restent mutilées à vie. On ne décompte pas non plus les enfants qui en souffrent. C’est une urgence sociale, car agir contre la souffrance des femmes c’est aussi agir pour leurs enfants. Enfin, si nous voulons d’une société sans violences, il faut s’attaquer à ce sujet - car les violences faites aux femmes, ce sont les violences les plus répandues !


2. Que faut-il changer pour mettre un terme aux violences conjugales ?

Face à la présomption d’innocence d’un accusé de violence conjugales par exemple, il faut aussi croire la femme victime, car sa vie peut être menacée. Il est essentiel de partir sur l’idée qu’elle dit la vérité, et ensuite l’enquête pourra faire la lumière. Un certain nombre de femmes se signalent avant un feminicide mais ne sont pas prise en compte. Pour améliorer cela, il faut réviser l’approche de ces sujets par l’ensemble des acteurs - les force de sécurité, les magistrats, la population, les associations.

Premièrement, on doit penser la protection dès les premières violences. Quand une femme se présente au commissariat et dépose plainte, nous devons mieux l’informer sur les dispositifs de protection desquels elle pourrait bénéficier. Les lois permettent déjà la protection, depuis 2010, par une demande au juge des affaires familiales. Le téléphone « grave danger » existe aussi, et il va encore se développer. Il faut aussi que les plaintes ou les mains courantes soient correctement complétées et adéquates. Il est nécessaire donc de vérifier au niveau des commissariats comment cela s’applique. La justice aussi doit évoluer, l’application des politiques pénales et le suivi des décision doivent être plus efficients – là aussi avec un contrôle des chefs de juridictions.

Deuxièmement, lutter contre les violences conjugales suppose de la part des services publics d’avoir des moyens et du personnel suffisants. Il faut donc augmenter les moyens pour mieux traiter ce sujet, et s’assurer que le personnel soit volontaire, sélectionné et formé.

Sur le fond, il faut donc allier meilleure prise en charge et meilleure répression. Il faut être volontariste dans ce domaine - mais il n’y a pas de baguette magique. La domination des hommes sur les femmes est très ancrée dans nos sociétés. Il faudra donc travailler en direction des jeunes, en profondeur, dans la durée, avec une vraie volonté politique de faire évoluer la société. Les ministères, l’éducation nationale, les associations, tous les acteurs devront aussi travailler ensemble car c’est comme cela qu’on est efficace.


3. Comment peut-on mieux développer la prévention ?

Pour mieux prévenir, il faut d’abord que les femmes aient confiance dans les forces de sécurité, dans les travailleurs sociaux, dans la justice, pour signaler quand ça ne va pas.

Il faut aussi travailler sur de grandes campagnes d’informations des citoyens. Tout le monde, chaque citoyenne, chaque citoyen, doit s’intéresser aux questions de la violences conjugale. Si on voit un agresseur, il faut réagir !

D’autres efforts sont possibles : on a travaillé depuis de nombreuses années, avec la mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (MIPROF) et avec la Haute autorité de santé, pour que les professionnels de santé interrogent sur ce sujet. Le meilleur moyen pour repérer les femmes victimes de violences, c'est de poser systématiquement la question aux femmes elles mêmes. Cela permet ensuite mieux les accompagner vers la sortie des violences.

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