Jean-Baptiste Lemoyne : “Le président de la République a fait du tourisme une priorité nationale”

26 mai 2020 - Alors que le Premier ministre s’exprimera ce jeudi sur la seconde phase de déconfinement, le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères revient sur les conditions de reprise du secteur touristique.

Le tourisme, avec l’hôtellerie et la restauration, est l’un des moteurs de l’économie française. Quel premier bilan dressez-vous de cette crise ?

C’est même bien plus que cela. Au-delà des 7% de PIB, des 170 milliards de recettes et des 3 millions de nos concitoyens qui en tirent tout ou partie de leurs revenus, le tourisme c’est une part de l’âme française. Ces lieux qui nous accueillent sont des endroits où l’on se retrouve, où l’on découvre, où l’on rit, où l’on partage… Des valeurs qui prennent tout leur sens ces dernières semaines. Et puis, derrière ces lieux, il y a des professionnels tout autant que des passionnés qui font de notre pays le numéro 1 mondial en termes d’accueil de touristes étrangers.

« Tous les outils ont été déployés pour permettre à la filière de ne pas sombrer. Nous poursuivrons nos efforts pour apporter des solutions adaptées. »

Alors, forcément, le bilan est lourd. Le tourisme est frappé de plein fouet et frappé le premier. Un chiffre, un seul : chaque mois ce sont entre 10 et 15 milliards d’euros de recettes pour nos entreprises, pour nos territoires, qui sont perdus… Sans compter l’angoisse de ces femmes et hommes qui craignent que leur outil de travail parte en fumée, eux qui quelquefois en ont hérité de leurs parents ou l’ont bâti avec leurs collaborateurs.

C’est pour ces raisons-là que le président de la République a fait du tourisme une priorité nationale.

Quelles mesures immédiates de soutien ont été prises pour répondre à cela ?

Le président de la République a voulu un électrochoc. Tout, absolument tout, est fait pour sauver le tourisme français, en témoigne le plan présenté par le Premier ministre le 14 mai dernier.

Concrètement, on parle d’un plan d’urgence et de relance de 18 milliards. C’est un effort qui ne connaît pas de précédent. Recours massif à l’activité partielle, annulations de charges, fonds de solidarité, prêts bancaires garantis par l’Etat, mise en place de l’“avoir” pour sauver la trésorerie des entreprises : tous les outils ont été déployés pour permettre à la filière de ne pas sombrer.


Lire notre article - Tourisme : un plan inédit de 18 milliards d’euros


Mais nous savons que les conséquences économiques vont impacter durablement les entreprises au-delà de la reprise et que la période de transition sera longue pour certaines. Nous poursuivrons nos efforts pour apporter des solutions adaptées. Nous avons demandé aux assurances et aux banques de poursuivre leur concertation avec la filière pour aller au-delà de leurs premières réponses.

Il faut également “penser l’après” pour ce secteur. Comment travaillez-vous à sa relance ?

En maniant le microscope et la longue-vue.

Le microscope pour préparer – secteur par secteur, métier par métier – les protocoles sanitaires qui permettront la réouverture des lieux touristiques. Car avant de penser à relancer, il faut d’abord réussir à rouvrir dans des conditions de sécurité sanitaire optimales. Ce travail, nous le menons main dans la main avec les professionnels dans le cadre de ce qu’on appelle le “Comité de filière tourisme” que je réunis chaque semaine.

Il y a de l’impatience dans le pays et chez les professionnels. Je la comprends et, mieux que cela, je la partage ! Mais la responsabilité du gouvernement, c’est d’agir avec responsabilité et méthode. Nos adversaires s’appellent précipitation et imprudence. Le scénario du pire, c’est celui qui nous verrait relancer trop vite pour refermer aussitôt, avec les conséquences économiques et psychologiques que cela entraînerait.

« A nous de créer les conditions d’un “tourisme pour tous” qui permette aux Français les plus modestes de jouir des beautés de notre pays. »

Depuis le 11 mai, une première ouverture existe : celle d’une offre nature/culture de proximité qui nous permet de découvrir ou redécouvrir, dans un rayon de 100 km, des petits musées, petits monuments, mais aussi des parcs et jardins en zone verte.

Puis, à la fin du mois de mai, en fonction de l’évolution de la situation sanitaire, nous dirons à quel moment les hôtels, cafés, restaurants pourront rouvrir. Et tant qu’ils ne rouvrent pas, l’Etat est là. La longue-vue, ensuite, pour préparer la relance du secteur. Comme l’a indiqué le Premier ministre, les Français pourront partir en vacances en France cet été si les conditions sanitaires sont réunies.

Je suis convaincu que nous avons des raisons d’espérer. Au moment de la reprise, je fais le pari que nos concitoyens exprimeront une “envie de France”, une envie de redécouvrir nos terroirs, notre patrimoine, la vie de nos villages et stations, en métropole comme dans les outre mers. Je crois aussi qu’ils seront plus exigeants et voudront se tourner vers la qualité, la proximité, la sécurité. Et qui mieux que nos entreprises du tourisme pour proposer cela ?

A nous de les y encourager à travers une grande campagne de “patriotisme touristique”, mais aussi en créant les conditions d’un “tourisme pour tous” qui permette aux Français les plus modestes de jouir des beautés de notre pays.

Dernières actualités

Fermer la recherche