Trois questions à … Chrysoula Zacharopoulou, eurodéputée et médecin mobilisée face au Covid-19

24 avril 2020 - Chrysoula Zacharopoulou, médecin élue députée européenne Renaissance en mai 2019, participe en première ligne à la lutte contre le Covid-19 au sein d’un hôpital militaire. Elle nous raconte son quotidien, entre les patients et le Parlement européen.

Dans quel cadre avez-vous participé à la mobilisation du système sanitaire français ?

Dès le début de l’épidémie en Europe, j’ai décidé de reprendre mon service médical : quand on est médecin, c’est pour la vie ! Je ne suis pas médecin réanimateur de formation mais gynécologue. Au sein de l’hôpital militaire auquel je suis attachée, je participe à l’accueil et au « triage » des patients, c’est-à-dire à l’identification des patients porteurs du Covid-19. A ce poste, j’ai pu observer directement les effets du confinement : après avoir accueilli près d’une centaine de patients par jour, nous recevons désormais quotidiennement entre 20 et 30 personnes.
L’objectif de la mobilisation, qui était d’aplanir la courbe de propagation du virus afin que les capacités de soin, notamment en réanimation, ne soient pas dépassées, semble donc avoir été atteint. C’est en partie grâce à la grande souplesse du système français, qui a su s’adapter très vite et a montré sa capacité à se mobiliser et à coordonner l’activité de tout le personnel soignant. Dans un hôpital militaire, on est habitué à se déployer très vite en cas de crise, mais ce n’est pas le cas du reste de la communauté sanitaire. Cette expérience doit nous inspirer pour la suite : chacun dans la chaîne sanitaire a un rôle particulier à jouer, pour assurer la meilleure prise en charge possible des patients.

Alors que le déconfinement approche, quelles questions se posent désormais ?

Pour gérer l’afflux de patients liés au coronavirus, de nombreux services ont été transformés et toutes les opérations non urgentes ont été repoussées. On se demande maintenant comment sécuriser à nouveau la prise en charge de tous les patients à l’hôpital. Parce qu’il est très important que toutes les autres maladies, notamment chroniques, puissent continuer à être traitées ! Pour cela, il est impératif que les personnes qui ont des soucis médicaux se signalent auprès de leurs médecins. Nous savons en même temps qu’il faut demeurer très vigilants dans le cadre du déconfinement pour éviter une reprise de la propagation du virus, qui risquerait d’entraîner une deuxième vague épidémique mettant à nouveau à risque le système sanitaire.
Comme une partie importante de la population n’est pas immunisée, il sera indispensable de bien respecter les règles du déconfinement pour briser au maximum toutes les chaînes de contamination. Car il y a encore beaucoup de choses qu’on ignore sur ce virus : quelle immunité, quel traitement, quel vaccin etc. Toute la communauté scientifique mondiale se penche en ce moment sur ces questions, mais il y a encore beaucoup à faire. C’est pourquoi la Commission européenne a décidé d’investir près de 400 millions d’euros pour participer à cet effort de recherche. Il y déjà de nombreux essais cliniques en cours en Europe, comme l’essai « Discovery ».

Quel regard portez-vous sur la mobilisation de l’Union européenne face au Covid-19 ?

Aujourd’hui plus que jamais, je me sens profondément européenne. Franco-grecque, j’ai vécu et travaillé 15 ans à Rome, où j’ai gardé de nombreux amis qui me racontent quotidiennement la situation du pays. J’ai constaté qu’il y a eu au commencement de la crise une forme d’arrogance de la communauté européenne envers l’Italie. Mais, très rapidement, la mobilisation a pris la forme d’une coopération effective : la France a par exemple fourni à la Lombardie 1 million de masques et des centaines de milliers de tenues de protection. La Grèce a de son côté très tôt pris en compte le risque sanitaire, car son système de santé n’aurait pas pu faire face à une vague épidémique, ne possédant que 570 lits de réanimation. La discipline du peuple Grec a permis d’éviter la contagion, mais il y a aujourd’hui une véritable angoisse à cause de la crise économique et sociale provoquée par la crise sanitaire. Au-delà d’une coopération sanitaire européenne, vitale, on voit qu’il faut travailler à une solidarité économique, tout aussi indispensable. A ce titre, je suis très fière d’avoir participé, avec la délégation Renaissance au sein du groupe Renew, au vote d’une résolution du Parlement européen, qui témoigne d’un consensus sur une réponse économique à la crise. C’est dans ces moments cruciaux que l’Europe se doit d’être à la hauteur.

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