3 questions à... Bernard Guetta

30 octobre 2020 - Bernard Guetta député européen Renew Europe, et journaliste spécialiste des questions internationales, répond à nos questions sur les appels au boycott lancés par la Turquie et la campagne d’intimidation de notre modèle républicain

1. La Turquie a-t-elle des alliés dans sa stratégie offensive ?

Écoutez, le fait est qu'elle n'en n'a pas. Elle n'a pas la Russie parce qu’elle est en conflit maintenant avec la Russie sur la l’affaire du Nagorny Haut Karabagh dans la guerre Arménie-Azerbaidjan.
Elle n'en n'a pas non plus aux États-Unis bien que Monsieur Erdogan ait pris soin de cultiver d'excellentes relation avec Monsieur Trump qui aime beaucoup les dictateurs ou les apprentis dictateur, c'est une question de solidité psychologique, mais il a eu le tort monsieur Erdogan d'acheter des anti-missiles russes et de les tester, et ça a fait tilter les États-Unis.
Donc il n'a pas de soutien aux États-Unis, il n’en a dans aucun des pays d'Europe et il n'en n'a pas particulièrement non plus en Chine. Monsieur Erdogan est véritablement très isolé sur la scène diplomatique internationale dans cette affaire-là.

2. Pourquoi la méthode employée par le président Erdogan est-elle aussi agressive ?

Monsieur Erdogan est agressif pour deux raisons fondamentales :
Il a, exactement comme Monsieur Poutine, des nostalgie impériales : il considère aujourd'hui que les États-Unis s'étant retirés largement à la fois des théâtres européens et Proche-Orientaux, la Turquie peut tenter de redevenir ce qu'elle a été lors de l'Empire ottoman, c'est-à-dire une très grande puissance qu'elle n'est plus aujourd'hui.
D'autre part il s'affaiblit sur sa scène intérieure pour des raisons économiques et pour des raisons d'usure politiques tout simplement parce que les jeunes générations urbaines ne le suivent absolument pas. Il y a une rupture complète entre les jeunes générations des villes et Monsieur Erdogan et donc il se dit qu'en adoptant sur la scène internationale cette posture de défenseur des musulmans contre la France et l'Europe il peut regagner une popularité dans son pays.
Je crois que c'est une conception de sa part parce qu’il fatigue aujourd'hui plus de la moitié de son pays car les sondages indiquent très clairement que si une élection présidentielle avait lieu dans les mois prochain il la perdrait et il la perdrait au profit du jeune très moderne et très pro-européen maire d’Istanbul qui a ravi la première ville du pays à l’AKP, au parti de Monsieur Erdogan

3. La France bénéficie-t-elle du soutien de ses alliés et de ses voisins européens ?

Il est difficile de répondre, car tous les partenaires européens de la France se sont solidarisés évidemment de Monsieur Macron face aux attaques complètement inhabituelles, de Monsieur Erdogan. Mais au fond des choses, il y a deux malaises dans beaucoup de capitales européennes.
Le premier malaise c'est que contrairement aux Français, le reste des Européens est parfois ou souvent mal à l'aise devant les caricature de Charlie Hebdo qui n'entre pas dans leurs cultures nationales comme elles entrent dans la culture française, une culture qui remonte à l'assiette au beurre au journaux anarchiste aux grandes traditions de la caricature dont avait été victime l'Église catholique il y a un peu plus d'un siècle au moment de la séparation de l'Église et de l'État.
Et puis la deuxième raison du malaise même si elle est peu formulée, c’est que le reste des européens, particulièrement l’Allemagne, privilégie la voie diplomatique pour résoudre les problèmes avec la Turquie, alors que la France a adopté depuis plusieurs mois une voie de fermeté dans l’affaire particulièrement délicate et particulièrement inquiétante des forages turcs dans les eaux territoriales de la Grèce et de Chrype, on le sait, la France a envoyé des navires de guerre pour démonstration de force, pas pour un conflit militaire. Les autres pays européens étaient plus réticents.
Les autres pays européens, au-delà de la démonstration, de l’expression d’une solidarité, ne suivent pas forcément l’attitude de la France encore une fois ni dans la sphère des caricatures, ni dans le bras de fer avec Ankara.

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