Conférence de presse de lancement de la Grande Marche pour l’Europe

21 mars 2018 - Ce mercredi 21 mars, à 3 jours du lancement de la Grande Marche pour l’Europe, Christophe Castaner, Délégué Général du mouvement a donné une conférence de presse.

Seul le prononcé fait foi.

Vous le savez, l’Europe est au cœur de l’identité de la République en marche et c’est en soi une raison fondamentale pour placer au centre du débat public cette question.

Mais dans un peu plus d’un an se dérouleront des élections pour désigner dans l’ensemble des pays de l’union les députés européens.

Cette élection va se dérouler dans un contexte d’inquiétude.

En effet, pour la première fois dans l’histoire européenne, ce scrutin se déroulera alors qu’un État membre a fait le choix de quitter l’Union Européenne.

Aussi, dans de nombreux autres pays, les opinions publiques rejettent ce cadre patiemment construit, qu’ils considèrent plus comme un carcan qu’une solution à leurs problèmes.

Or nous sommes confrontés à un curieux paradoxe : de nombreux sujets appellent des réponses à l’échelle européenne (les questions environnementales, la question des migrants, les solidarités territoriales, la gouvernance économique…), et pourtant trop souvent, l’Europe donne le sentiment d’être incapable d’en prendre la mesure.

Nous refusons cette fatalité.

Nous voulons retrouver la promesse initiale d’un projet fédérateur, et construire une perspective d’avenir pour cette communauté de destin. Pour cela, nous devons retrouver la volonté des peuples et proposer une ambition forte pour l’Europe.




Nous sommes conscients que parler d’Europe ambitieuse est un objectif formidable, mais que le contexte politique nous ramène à une réalité que nous devons assumer :

Les élections récentes dans un certain nombre de pays voisins (Allemagne ou Italie par exemple) nous ont montré à quel point l’opinion publique est critique vis-à-vis de l’Europe.

Le risque de voir émerger des forces contestataires fortement anti-européennes principalement d’extrême droite est élevé.

Il convient donc d’avoir un discours politique qui prenne le pouls de cette réalité. Nous devons organiser et proposer une autre voie afin d’éviter que cette vague ne déferle sur le parlement européen comme elle ne l’a fait dans chaque pays.

Dans le même temps, ce même contexte politique place la France au centre de toutes les attentes. Nous devons saisir cette opportunité unique pour porter un projet ambitieux et exigeant. Il devra rassembler tous les Français et tous les Européens qui se retrouvent dans la démarche des progressistes.

Car cette élection doit nous permettre de poursuivre le dépassement politique au niveau européen :

  1. Nous refuserons le clivage gauche-droite au niveau européen, de la même manière que nous l’avons refusé en France.

Nous dépasserons ces clivages pour réunir ceux qui partagent nos valeurs, notre ambition, notre projet pour l’Europe, qu’elle que soit leur origine politique. Parce que nous sommes convaincus qu’un grand nombre d’acteurs européens sont prêts à s’émanciper des dogmes stérilisants dans lesquels ils sont enfermés, parce qu’ils font partie de tel ou tel groupe politique.

  1. Nous refuserons les postures pour ou contre l’Europe.

Le débat européen se meurt de débats simplificateurs dans lesquels les premiers souhaitent avancer en catimini, sans le regard des peuples ; tandis que les seconds prennent le peuple en otage d’une vision caricaturale de l’Europe.

  1. Nous ferons appel à la société civile.

Trop longtemps cette élection a été l’occasion pour les partis traditionnels français de recycler les anciens politiques qui n’avaient pas obtenu satisfaction lors d’élections nationales.

Ils considéraient que c’était « un dû ». C’est cette attitude qui a éloigné les Français de la politique européenne. Et c’est pourquoi je souhaite que la participation de la société civile à cette élection soit au cœur de notre démarche.




Nous abordons très tôt cette campagne européenne car nous sommes conscients des enjeux : il s’agit de construire une nouvelle offre politique en Europe que la France veut initier avec tous ceux qui n’acceptent plus les renoncements.

Ces élections seront donc l’occasion pour nous de construire au Parlement européen une nouvelle majorité d’idées pour bâtir l’Europe que nous voulons, cette « Europe qui protège » que le Président de la République a commencé à esquisser dans son discours de la Sorbonne en septembre dernier.

Le discours de La Sorbonne du Président, c’est notre discours de la méthode : sans préempter tout notre programme, il a dressé les grandes lignes de cet engagement à la fois ambitieux et exigeant pour l’Europe dont je vous parlais.

  1. Toutes les réformes réalisées en France se prolongent dans une ambition européenne plus large.

  2. La transformation que nous portons ici et maintenant doit se poursuivre sur le plan européen pour réussir, pour porter tous ses fruits.

  3. Cette transformation française est profondément européenne car elle s’appuie sur la réalité du monde d’aujourd’hui.


Laissez-moi prendre trois exemples concrets.

Premier exemple - Comment gérer la crise des migrants, qui est un défi pour tout notre continent, sans une politique migratoire commune à l’Union ?

Nous avons besoin d’une ambition européenne pour maîtriser efficacement nos frontières et accueillir dignement les réfugiés.

Nous avons besoin d’une ambition européenne pour créer un office européen de l'asile et une police européenne aux frontières.

Deuxième exemple : nous nous dirigeons vers la COP24 qui aura lieu en Pologne en 2018…

3 ans après les Accords de Paris, la question demeure : comment s’assurer que la voix de la France soit entendue dans la lutte contre le changement climatique sans une Europe de l’énergie plus ambitieuse ?

Nous avons besoin d’une Europe qui fixe un juste prix au carbone sur tout le continent - un prix élevé et dissuasif -.

Un prix capable de donner le La sur les marchés mondiaux. C’est nécessaire pour répondre à la volonté de la Chine de s’engager dans la lutte contre les dérèglements climatiques alors que les Etats-Unis sont sortis de l’Accord de Paris.

Troisième exemple et j’en terminerai là - Pour la première fois depuis 10 ans, nous avons un déficit budgétaire qui est inférieur à la limite de 3% prévue par le Pacte de Stabilité et de Croissance…

C’est une excellente nouvelle économique et nous devons tous nous en réjouir !

Mais comment garantir aux Français que nous pourrons continuer sur cette voie sans avoir réglé tous les problèmes structurels de la Zone Euro ?

La conjoncture est bonne, la croissance n’a jamais été aussi élevée depuis 10 ans et le chômage est revenu au niveau de 2009.

Mais attention, la France et l’Europe se sont déjà trompées en 2003. Quand on ne profite pas d’un bon cycle économique pour mener à bien les réformes en profondeur, alors nous sommes coincés en période de crise.

C’est pourquoi il faut une ambition européenne : pour donner à la Zone Euro tous les moyens de surmonter des crises comme celles que nous avons connus au début de la décennie.

Nous avons besoin d’une Europe ambitieuse sur le plan budgétaire.

La France a été à l’initiative d’un combat majeur que nous continuons de mener à l’échelle européenne : la taxation des GAFA. Nous considérons qu’une harmonisation au niveau européen de la fiscalité de l’économie numérique est nécessaire.

Pour faire avancer l’Europe, la détermination de la France sur ce sujet est sans failles, et prouve notre volonté d’apporter des solutions efficaces et « justes » avec nos partenaires européens.

Pour être efficaces et efficients, ces politiques publiques doivent être portées, pilotées et décidées à l’échelle européenne, parce qu’elle est l’échelle la plus pertinente.

Ce sont des sujets qui nous concernent tous.

Ce sont des préoccupations quotidiennes pour tous les Français, sur l’ensemble de nos territoires.

Contrairement à tout ce qui s’est fait jusqu’à présent dans les partis politiques français, notamment les anciens partis de Gouvernement, nous préparons donc très tôt et très sérieusement ces élections européennes car nous en sommes conscients : il n’y a pas de succès français sans un succès européen.




Pour en venir à la méthode à proprement parler, je vous présente donc notre feuille de route pour les élections européennes, qui s’articule en quatre temps.

La première phase, celle sur laquelle je vais m’attarder avec vous aujourd’hui, est celle du constat, de l’écoute.

Il ne s’agit pas d’organiser un énième débat institutionnel sur l’Europe ou de tomber dans le piège des populistes ou des extrêmes qui se sont nourris de la défiance des citoyens en posant de manière simpliste la question “oui” ou “non” à l’Europe.

Aucune de ces questions n’apportera de réponse concrète à leurs préoccupations. Regardez la situation d’incertitude qui règne au Royaume-Uni à la suite du Brexit.

Notre démarche est bien de refonder “par et avec” les Français, avec l’exigence d’un débat démocratique sur le fond sur “ce qui marche”, “ce qui ne marche pas”, “quelles devraient être les priorités de l’Europe”, etc. Sans préjuger des préoccupations des citoyens, en permettant les échanges les plus enrichissants et divers possibles.

Notre démarche de terrain est complémentaire à celle initiée par le Président de la République à l’échelle européenne via les consultations citoyennes (lancées mi avril).

Avec le porte-à-porte, nous voulons toucher les Français au-delà des cercles informés ou convaincus. Pour redonner la parole à tous les Français qu’ils soient critiques, inquiets ou indifférents. Partout dans nos territoires, nous irons écouter - sans juger, pour comprendre - sans vouloir convaincre, mais en veillant à recueillir les attentes de chacun.

Cette Grande Marche sera organisée du 24 mars jusqu’à fin avril, pendant six semaines. C’est une démarche de fond que nous construisons, avec l’objectif de frapper à un maximum de portes, pour recueillir les attentes du plus grand nombre de Français. En 2016 nous avions frappé à 100 000 portes, j’espère que nous ferons mieux !

Cette Grande Marche pour l'Europe est le miroir de la Grande Marche organisée à l'été 2016. Elle servira de point de départ à l'élaboration de notre projet pour une refondation du projet européen plus proche des citoyens dans la perspective des élections européennes. Cette méthode d'écoute active, au plus près du réel, est profondément ancrée dans notre ADN. Nous voulons être le mouvement du réel.

Ce samedi, je lancerai officiellement la Grande Marche à Metz et Nancy, tout comme d’autres ministres, députés marcheurs seront sur le terrain pour accompagner cette initiative.

Dans le même temps, plus de 1 000 initiatives seront lancées par les marcheurs partout en France, sur tous les territoires : comme à Rimont dans l’Ariège, à La-Roche-sur-Yon en Vendée, à Compiègne dans l’Oise ou à Pierrelatte dans la Drôme.

L’objectif n’est pas d’aller convaincre les Français de voter pour nous ou de croire en l’Europe, mais d’aller écouter les Français et ce qu’ils ont à nous dire sur le projet européen.

Écouter pour construire un programme ambitieux pour l’Union et exigeant envers l’Europe.

Un programme résolument pro-européen, mais qui se réserve le droit d’exercer toute critique, car l’Union a fondamentalement besoin d’être transformée.

Cette Grande Marche permettra :

  • de poser les termes du débat public à partir des aspirations de nos concitoyens et non des postures partisanes ;
  • de légitimer le projet que nous présenterons aux Français car il répondra à leurs attentes.

Cette phase d’écoute sera également marquée par une série de prises de contact du mouvement avec d’autres acteurs politiques européens. Il faut que nous engagions les discussions autour des projets qui nous rassemblent.

Avant l’été, j’effectuerai une tournée européenne.

Bien sûr, des liens naturels existent déjà avec des leaders européens, mais j’ai le souhait de rencontrer et dialoguer avec tous les partis progressistes.

L’Europe mérite de transcender les sectarismes pour bâtir des engagements forts, qui répondront aux préoccupations des français, des européens.

Nous tisserons donc des liens, nous discuterons d’avenir et nous ferons preuve de pragmatisme face à la réalité actuelle.

Ce déplacement sera également l’occasion de rencontrer des personnalités, des associations, des structures innovantes, porteuses d’espérance qui existent grâce à l’Europe et qui participent au quotidien à l’émancipation, témoignage d’une Europe qui réussit.

Car bien trop souvent, les Français ont le sentiment que l’Europe est un vague rêve lointain, désormais capturé par des technocrates. Nous avons la volonté de libérer ce rêve formidable, car c’est un rêve qui appartient à tous les européens.

La deuxième phase sera celle de la construction du projet et de la plateforme politique (d’ici la fin d’année).

La Grande Marche pour l’Europe devra nourrir le travail de réflexion qui servira de socle au programme que le mouvement portera. Ce travail a déjà commencé en interne mais il devra prendre de l’ampleur d’ici l’été.

Bien évidemment, il ne s’agit pas ici de tout réécrire, ni tout réinventer, mais de créer les conditions d’un débat d’idées constructif qui puisse venir enrichir l’action portée par la France depuis quelques mois et d’explorer des idées nouvelles.

D’autre part, il faudra que nous soyons en mesure, dès l’automne, de formaliser une plateforme commune avec certains partenaires européens. Cette plateforme ne signifiera pas une alliance gravée dans le marbre, car dans certains pays plusieurs partis peuvent d’engager dans le même sens ; mais elle sera un accord moral pour respecter les engagements une fois élus.

Puis nous proposerons une liste de candidates et de candidats capables d’incarner ce projet et je souhaite que le processus de sélection aboutisse à un renouvellement des visages, car c’est notre identité.

Enfin, viendra le temps de la campagne électorale.

Nous devons veiller à ne pas partir trop tôt et arriver au printemps 2019 avec des troupes épuisées. Mais nous devons y arriver avec des troupes préparées.

Je vous remercie et je suis prêt à prendre quelques questions.

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