Sport et emploi : 3 questions à Christophe Lepetit

7 novembre 2019 - Christophe Lepetit, responsable des études économiques du centre de droit et d'économie du sport, décrypte pour nous l'impact positif des Jeux Olympiques et Paralympiques pour l'emploi, notamment en Seine-Saint-Denis pour les JO 2024.

Cette semaine, le Premier ministre a lancé le début des travaux du vaste chantier des Jeux Olympiques 2024 en Seine-Saint-Denis, qui acceuillera le village des athlètes et de nombreuses infrastructures sportives. Lors de son déplacement, Édouard Philippe a également annoncé des nombreuses mesures pour la Seine-Saint-Denis (lien de larticle), dont un volet relatif aux Jeux comprenant par exemple la formation de 10 000 jeunes en service civique sur des missions d'accompagnement ou de 3.000 personnes en situation de handicap pour devenir bénévoles lors de l'événement.

Christophe Lepetit, responsable des études économiques du Centre de Droit et d'Économie du Sport, revient pour nous sur les enjeux de l'emploi en Seine-Saint-Denis et sur l'opportunité que peut représenté le rendez-vous Olympique.

1- Quel est votre constat sur l’emploi en Seine-Saint-Denis ?

La situation sur le marché du travail en France est extrêmement tendue. Bien qu’en recul, le taux de chômage reste élevé à 8,5% de la population active. Dans ce contexte délicat, la Seine-Saint-Denis paie un lourd tribut avec un taux de chômage globalement élevé (10,8%) et des situations individuelles extrêmement délicates pour certaines catégories de population touchées par du chômage de longue durée et/ou des difficultés d’insertion sur le marché du travail.

C’est donc un territoire particulièrement touché par le chômage qui s’apprête à recevoir la majeure partie des Jeux de Paris 2024. Il est donc légitime de réfléchir – en Seine-Saint-Denis peut-être plus qu’ailleurs – à la façon dont cet évènement pourra servir l’accomplissement d’un certain nombre de politiques publiques, et contribuer à dynamiser en particulier la politique de l’emploi.

2 - En quoi l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024 en Seine-Saint-Denis peut-elle être une chance pour l’emploi ?

L’accueil des Jeux va mobiliser un volume relativement conséquent d’emplois. L’étude de cartographie réalisée pour Paris 2024 par le Centre de Droit et d’Economie du Sport et Amnyos a ainsi chiffré que 150 000 emplois devraient être directement mobilisés par les Jeux entre 2019 et 2024 : 11 700 dans le domaine de la construction (secteur BTP), 60 000 dans le domaine du tourisme (secteur hôtellerie-restauration en particulier) et 78 300 dans le domaine de l’organisation (qui regroupe plusieurs secteurs). Bien sûr il ne s’agit pas uniquement de créations d’emplois, certains étant déjà existants et pouvant être fléchés vers les Jeux. Mais il est indéniable que les Jeux vont revêtir de nombreuses opportunités.

En tant que territoire d’accueil de nombreuses épreuves sportives et de quelques sites non-sportifs emblématiques (villages des athlètes et des médias), la Seine-Saint-Denis et ses habitants peuvent espérer bénéficier d’un appel d’air sur le marché du travail. Il y aura ainsi très certainement de nombreux besoins locaux entre 2020 et 2023 dans le secteur du BTP pour accompagner les entreprises dans la réalisation des sites sportifs et non sportifs.

En phase opérationnelle, c’est à dire l’année des Jeux et en particulier en juillet-août-septembre 2024, les besoins seront aussi nombreux pour accompagner le Comité d’Organisation des Jeux Olympiques dans la livraison de l’évènement. On peut penser aux emplois de sécurité privée bien sûr, mais aussi aux emplois des secteurs de la restauration, de la logistique et du transport, du spectacle vivant et de l’audiovisuel, de l’animation ou de la communication. L’ensemble du secteur touristique sera également mobilisé et les travailleurs de Seine-Saint-Denis auront aussi une carte à jouer.

Encore faudra-t-il faire en sorte que les entreprises mobilisées privilégient une main d’œuvre locale et que celle-ci soit identifiée et préparée à remplir les postes à pourvoir. C’est l’ambition de Paris 2024 et c’était l’objectif du travail de l’étude que nous avons réalisé : identifier ces besoins en volume et sur le plan temporel, travailler avec l’ensemble des acteurs économiques pour favoriser l’emploi local.

3 - Quels exemples passés devraient nous inspirer et pourquoi ?

Plus que des exemples, il existe de nombreux contre-exemples sur ce sujet ! Ce qui se passe au Qatar autour de la préparation de la Coupe du Monde 2022 ou ce qui s’était passé à Sotchi pour les Jeux d’hiver 2018 constitue certainement une mauvaise voie à suivre.

Plus proche de nous, les évènements organisés en France ont tous essayé de se saisir, de façon plus ou moins anticipée et volontaire, de ce sujet de l’emploi. Les acteurs s’étaient ainsi saisis trop tardivement de ce sujet de l’emploi dans le cadre de l’accueil de l’EURO 2016. Il y avait malgré tout eu quelques réussites en particulier sur la question de la sécurité privée ou quelques actions locales sur les sites hôtes.

Je trouve personnellement que la démarche engagée par Paris 2024 est extrêmement intéressante et peut servir d’exemple. C’est en effet la première fois à ma connaissance qu’un évènement sportif de cette ampleur réalise un tel travail de cartographie permettant d’identifier quand les besoins en emplois se feront ressentir et à quel moment ils seront mobilisés. Cette démarche permettra de travailler avec les acteurs locaux pour assurer les missions de « sourcing » – c’est-à-dire d’identification des candidats potentiels et des entreprises ayant des besoins – et de formation des personnes en situation précaire sur le marché du travail.

Parmi l’ensemble des actions portées par Paris 2024, cette méthode de valorisation de l’emploi pourrait laisser un bel héritage en matière de bonne pratique à mettre en œuvre dans le cadre de l’accueil d’événements, qu’ils soient sportifs, culturels ou même politiques.

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